Indigo d'Oc

Collectif de designers

« Le textile sera la grande affaire du XXIe siècle »

Actu de l'asso

Oloron-Sainte-Marie, dans le Béarn, inaugure une biennale consacrée aux tissus. Dans l’exposition « Earth Matters », la chasseuse de tendances Lidewij Edelkoort présente des créations respectueuses de la nature.

« Interwoven », de Diana Scherrer, est une création composée de racines
La ville d’Oloron-Sainte-Marie entend faire revivre son patrimoine textile, aujourd’hui disparu, avec des initiatives telles que cette première édition de la Biennale du textile contemporain baptisée Influence.

Pourquoi avez-vous accepté l’invitation de cette nouvelle biennale ?

Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées-Atlantiques, a longtemps été associée
à l’industrie textile. Puis, à partir des années 1960, quasiment tous les ateliers ont fermé. La Biennale, qui présentera de nouvelles façons de travailler le tissu dans le design, la mode et l’artisanat, semble être l’occasion de faire renaître des manufactures de proximité. Tous
les ingrédients sont réunis : la volonté de la ville, des moutons et des plantes pour la matière première, et la beauté des paysages, qui pourrait inciter une nouvelle génération à s’installer ici, comme c’est le cas dans l’Hudson Valley, peuplée de créatifs et d’entrepreneurs venus de New York.

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En quoi consiste votre exposition « Earth Matters » ?

Je souhaite faire connaître le travail de créateurs de mode et de designers qui s’interrogent sur l’utilisation des matières premières liées au textile. L’exposition -présentera une sélection d’objets, d’échantillons et de vêtements respectueux de la nature : nouvelles fibres, tissu fabriqué avec des aiguilles de pin ou d’orties, tapis en fil d’algues, teinture à base de terre… Le résultat est joyeux et prouve que l’on peut tourner la page des modes de production industriels. Les ateliers représentés mêlent high-tech (impression 3D, découpe laser…) et artisanat. Loin des artefacts hippies, ces tissus produits en petites séries procurent du plaisir, de la fantaisie et de la beauté.

On retrouvera « Textile Fountains » de Wendy Andreu et « Tissons, filons… ». En quoi ces événements prolongent-ils « Earth Matters » ?

Wendy Andreu est une designer textile qui a réinventé l’usage de la corde, qu’elle a rendue imperméable en la mariant au latex. Cette enfant de la région, qui a fait ses études à l’académie de design d’Eindhoven [que Lidewij Edelkoort a dirigé jusqu’en 2008], proposera des installations monumentales en textile dans la ville. Parmi les autres événements, l’exposition « Tissons, filons… Une histoire textile à Oloron » prouvera que l’on peut piocher dans le passé des idées de traitement, de filage de la laine, et les adapter aux processus de fabrication contemporains. Il y a quelques années encore, on trouvait cette culture ringarde, comme le béret, archétype de la production locale, qui est revenu en grâce avec Dior…

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Pourquoi avez-vous développé un intérêt -particulier pour le tissu ?

Parce que c’est un sujet brûlant qui nous concerne tous. L’industrie de la mode est la plus polluante au monde après le pétrole. On jette trop de vêtements, conçus dans des conditions terribles, et qui bien souvent ne sont pas recyclables tant leur tissu est de qualité médiocre. Pour le moment, on consomme à grande vitesse, mais bientôt, de la même façon qu’on fait de plus en plus attention à ce que l’on mange, on se souciera des matériaux qui nous entourent. Je pense aussi que le textile sera la grande affaire du XXIe siècle car ses possibilités sont immenses : des investisseurs de la Silicon Valley misent sur une nouvelle méthode de tissage de fibres naturelles, inspirée par la toile de l’araignée, qui vise à remplacer les matières synthétiques. Certaines fibres sont aussi résistantes que le carbone et bientôt on pourra construire des immeubles et même des voitures en tissu, un matériau à la fois léger et ultrarésistant.

Influence, Biennale du textile contemporain, confluence des Gaves, Oloron-Sainte-Marie (64). 20, 21 et 22 juillet. Expositions du 20 juillet au 8 septembre. Entrée libre.
Facebook : @influencebiennaledutextilecontemporain